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La forêt

Forêt d’Argonne
© JM.Lecomte – CDT Marne

Le massif forestier argonnais repose sur un vaste plateau situé entre deux vallées, celles de l’Aire et de l’Aisne, et lui-même creusé de nombreux vallons. Cette zone forestière représente un milieu particulier et unique avec un caractère submontagnard prononcé ; il s’agit d’une forêt tempérée où conifères et arbres à feuilles caduques cohabitent. Ayant un sol de type acide, la végétation y est adaptée, avec de nombreuses chênaies et hêtraies, tandis qu’on note la présence, de manière locale, d’aulnaies et de prairies acidiphiles.

Le massif forestier argonnais occupe, sur les trois départements, une surface de 87 350 hectares, c’est-à-dire près du cinquième des forêts des trois départements réunis. L’ONF gère 40 410 hectares répartis en 112 forêts communales, 25 forêts domaniales et 8 autres forêts bénéficiant du régime forestier.

Les forêts privées couvrent 46 940 ha dont 26 080 ha en petites parcelles (inférieures à 25 ha). Gestionnaires publics et privés considèrent que l’équilibre sylvo-cynégétique requiert une attention particulière sur certains secteurs, les densités de gibiers n’y permettant pas le renouvellement des peuplements de façon durable.

 

En Argonne, la forêt privée couvre 46 940 ha (dont 26 080 ha de forêts de surface inférieure à 10 ha) sur les 83 750 ha de la surface forestière totale. Les parcelles dotées d’un Document de

Gestion Durable représentent 20 860 ha ainsi répartis : Ardennes 7 647 ha, Marne 9 085 ha, Meuse 4 128 ha.

Ce Document est :

  • Soit un Plan Simple de Gestion, PSG, qui est obligatoire pour tout propriétaire de forêt d’une surface supérieure à 25 hectares, et possible mais non obligatoire pour toute forêt à partir d’une surface de 10 hectares.
  • Soit un Règlement Type de Gestion (RTG) pour les propriétaires qui adhèrent à un organisme de gestion en commun (coopérative forestière) ou qui sont clients d’un expert forestier agréé.

En référence au Programme de reconnaissance des certifications forestières et à la Charte de bonnes pratiques forestières, les bois produits peuvent bénéficier du label PEFC (Pan european forest
certification).

Organismes et acteurs

L’ONF assure au quotidien l’entretien et le renouvellement des 40 410 hectares de forêts publiques qui bénéficient du régime forestier. Les “aménagements forestiers” planifient les actions à mener dans les forêts qui relèvent de ce régime. Ces documents opérationnels sont rédigés à l’issue de l’étude du milieu naturel, du contexte socio-économique et de la gestion passée. L’aménagement intègre la politique forestière nationale, les orientations régionales, les intérêts et demandes des propriétaires et du public. Ils définissent ou ajustent les objectifs de gestion et le programme d’actions à mettre en place pour atteindre ces objectifs.

Les quatre agences territoriales qui interviennent en Argonne sont :

  •  L’Agence territoriale Ardennes à Charleville-Mézières
  • L’Agence territoriale Aube – Marne à Troyes
  • L’Agence territoriale de Verdun
  • L’Agence territoriale de Bar-le-Duc
Bois de Lisles

En Argonne l’ONF porte une attention particulière au patrimoine, notamment historique. Les modes de gestion appliqués sur le site de la Haute-Chevauchée en sont un bon exemple. Située sur les départements de la Meuse et de la Marne, la forêt domaniale de la Haute Chevauchée s’étend sur plus de 1 000 ha. Profondément bouleversée par la 1ère Guerre mondiale, avec un réseau dense de tranchées, des millions d’obus tirés et des tonnes de ferraille restées dans le sol, classée en “zone rouge”, elle porte encore les stigmates du conflit qui a eu lieu il y a 100 ans.

 

 

L’enjeu majeur pour les forestiers est de réussir à concilier la gestion sylvicole avec la préservation et la mise en valeur des vestiges historiques, pour conserver la mémoire des événements et l’esprit des lieux (gestion des peuplements, modes de débardage à moindre impact sur l’état et l’aspect des sites…).

 

Les communes forestières 

L’Argonne compte 93 communes forestières (33 dans les Ardennes, 16 dans la Marne et 44 dans la Meuse) (Voir atlas cartographique p. 68). Leurs « bois et forêts susceptibles d’aménagement, d’exploitation régulière ou de reconstitution » sont gérés selon le Régime forestier, ainsi que le stipule l’article L211-1 du Code Forestier.

 

Parmi les coupes prévues à l’aménagement et marquées par l’ONF, la commune décide, ou de les vendre, ou de les délivrer à ses habitants : ce sont celles destinées à l’affouage. Les arbres sont marqués par les forestiers de l’ONF dans les jeunes peuplements à éclaircir et dans les taillis. Leur diamètre ne dépasse généralement pas 35 cm à hauteur d’homme. Ces communes forestières représentent 58,9 % des communes du périmètre. Elles peuvent adhérer à la Fédération nationale des communes forestières (FNCOFOR) ce qui peut leur permettre, dans le cadre d’une gouvernance partagée, d’être associées aux instances décisionnaires de l’ONF du niveau national au niveau local.

Le CNPF

Le Centre national de la propriété forestière (CNPF) a une mission régalienne de développement, d’orientation de la gestion et d’amélioration de la production des forêts privées. Il élabore les schémas régionaux de gestion sylvicole et les codes de bonnes pratiques sylvicoles des forêts privées. Il accompagne les propriétaires de forêts à partir de 10 ha dans la mise en place des plans simples de  gestion (PSG) volontaires ou obligatoires. Il accompagne également les coopératives et les experts forestiers dans la mise en place des règlements-type de gestion.
Le CNPF mène des études et expérimentations concernant les méthodes de sylviculture. Il assure un rôle de vulgarisation de ces méthodes via des actions de conseil et de formation auprès des
propriétaires forestiers. Enfin, il anime des regroupements de propriétaires autour de la gestion des forêts, de la vente des produits, de la réalisation de travaux ou de l’amélioration des structures foncières.

Autres acteurs de la forêt

Grumes en forêt par Max Chaffaut

Le GIEEF (Groupement d’Intérêt Economique et Environnemental Forestier) est une possibilité de regroupement de bois et forêts situés dans un territoire géographique cohérent. Il doit regrouper au moins 300 ha de bois et forêts, ou, au moins 100 ha, à condition de réunir au moins 20 propriétaires. Dans le sud de l’Argonne, un plan de développement a été mis en place, portant sur 11 communes et 2 233 ha de forêts privées, répartis en 1 424 propriétaires (taille moyenne des parcelles égale à 1,57 ha).

 

 

L’animation a porté sur 300 jours répartis sur 5 ans. 25 % des surfaces concernées ont participé à l’opération. 1 € d’animation a généré 15 € de chiffre d’affaires au sein du territoire, avec la création de trois dessertes et la mobilisation de 10 064 m3 de bois d’œuvre et bois d’industrie, apportés à un opérateur économique gestionnaire forestier. L’opération a généré 650 000 € de mutations foncières, 554 000 € d’exploitations de bois au profit des propriétaires, bûcherons et débardeurs. L’acceptabilité d’un plan simple de gestion en commun est en cours d’étude.

 

Les essences

Le massif forestier argonnais, situé sur un vaste plateau situé entre deux vallées (de l’Aire et de l’Aisne) est creusé de nombreux vallons. Il représente un milieu particulier et unique avec un caractère submontagnard prononcé ; il s’agit d’une forêt tempérée où conifères et arbres à feuilles caduques cohabitent.
Ayant un sol de type acide, la végétation y est adaptée, avec de nombreuses chênaies et hêtraies, tandis qu’on note la présence, de manière locale, d’aulnaies et de prairies acidiphiles.
En Argonne les feuillus sont dominants et représentent plus de 82 % de la surface forestière. Les Forêts fermées à mélange de feuillus représentent 51% de la surface, et les résineux 11%, la formation la plus représentée étant la Forêt fermée de douglas pur (3%). La tendance actuelle va vers un enrésinement de l’Argonne en stations prenant en compte le changement climatique, notamment sur Gaize, D’autres essences comme le bouleau, le châtaignier, le Frêne, le merisier, le tilleul à petites feuilles participent à la diversité des peuplements
forestiers, ce qui fait de l’Argonne une région importante pour le tourisme vert.

On note également une forte proportion de hêtres, de charmes ainsi que d’épicéas et de douglas. Ces derniers, à croissance plus rapide sont plantés majoritairement en forêts privés pour un retour sur investissement moins éloigné dans le temps.

Les boisements et volumes

Sol de forêt argonnaise – Max Chaffaut

Les forêts françaises sont réparties en Grandes Eco-Régions (GRECO) elles-mêmes divisées en sylvoécorégions (SER). La GRECO C dans laquelle s’inscrit l’Argonne englobe les forêts du grand quart nord-est de la France (du nord de Lyon aux frontières Suisse, Allemande, Luxembourgeoise et Belge, avec pour limite ouest celles du bassin parisien). La majeure partie de la forêt argonnaise relève de la SER C12 (essentiellement la forêt située sur le massif de gaize et dans le secteur de Montfaucon). Son taux de boisement se situe au 2ème rang des SER de cette GRECO.

 

 

Cas particulier des bois mitraillés Un problème lourd subsiste encore : la présence de mitraille due aux conflits de 14-18 et 39-45. Les derniers éléments chiffrés connus datent de 1975.

Ils ont toutefois l’intérêt de montrer l’importance du problème posé, car les bois mitraillés concernaient à l’époque plus de 30 millions de m3 sur pied. S’il est certain que ces volumes ont diminué depuis, les difficultés de valorisation de ces produits n’ont pas rendu la purge aussi rapide que les gestionnaires l’auraient souhaité. Il reste un volume significatif de bois mitraillé qu’il n’est actuellement pas possible de chiffrer avec précision. Les estimations actuelles sont de 20 millions de m3 encore touchés en bois d’œuvre.

Les données des résultats d’inventaire forestier comparent les chiffres de la SER C12 d’Argonne avec les chiffres nationaux :

  • Avec un volume total de 13 Millions de m3de bois sur pied, l’Argonne se classe au 64ème rang national.
  • Avec 239 m3 de bois sur pied à l’hectare, elle se classe au 8ème rang national.
  • Avec une production de 8,8 m3/ha/an, elle se classe au 6ème rang.

En 2015, la récolte de bois par les entreprises ayant leur siège en Argonne représente 809 928 m3. Depuis 2005, les volumes de bois d’œuvre et destiné à l’industrie récoltés par ces entreprises semble avoir peu augmenté (+ 43% en moyenne) au regard de l’augmentation de la récolte de bois énergie qui a bondi de 1156 % (Figure 35).

Evolution en base 100 du volume de bois récolté par les entreprises ayant leur siège en Argonne B100 Bois énergie B100 Bois d’œuvre B100 Bois d’industrie

L’équilibre Sylvo-cynégétique

Pour assurer le rendement des exploitations forestières, l’équilibre sylvo-cynégétique doit être maintenu. En effet, la population animale a un impact sur la flore forestière et sur la faune (destruction des ressources vitales), certaines espèces ayant un impact plus ou moins important sur l’équilibre faune-flore, tels les gros gibiers. Les dégâts sont variés, l’ONF recense majoritairement :

  • La consommation intense de jeunes pousses ou de rameaux qui empêche et compromet le renouvellement de la flore
  • La consommation des fruits et la destruction des plantations (sangliers)
  • Les frottis de jeunes pousses par les cervidés qui endommagent les arbres
  • L’écorçage des arbres par les cervidés à des fins alimentaires
  • La sélection de certaines espèces floristiques dans les régimes alimentaires des cervidés, entraînant la disparition de ces espèces.

L’équilibre agro-sylvo-cynégétique est recherché par la combinaison des moyens suivants : la gestion de la faune sauvage, la prévention des dégâts de gibier par la mise en place de dispositifs de dissuasion ainsi que, le cas échéant, par des procédés de destruction autorisés. La recherche de pratiques et de systèmes de gestion prenant en compte à la fois les objectifs de production des gestionnaires des habitats agricoles et forestiers et la présence de la faune sauvage. En Argonne, l’engrillagement est devenu obligatoire sur certains secteurs pour permettre la pousse des jeunes plantations. La difficulté est de trouver un équilibre entre les intérêts des gestionnaires ou des propriétaires forestiers et les intérêts des chasseurs qui payent parfois assez cher leurs actions de chasse. Les dégâts sont principalement dus aux grands cervidés et aux sangliers. Les gestionnaires voudraient voir leur nombre diminuer, ce qui n’est pas forcément de l’avis des actionnaires des sociétés de chasse. De plus les dégâts occasionnés sur les jeunes arbres ont des conséquences sur le long terme et ne sont pas indemnisés contrairement aux dégâts sur les cultures.
Cependant dans certaines forêts la concertation a permis de parvenir à de bons résultats, ce qui laisse entrevoir des solutions.

 La filière bois, entreprises et emplois

La filière bois est un secteur d’emplois qui a subi une légère baisse entre 1990 et 2002 en Argonne. Cela s’explique notamment par la forte demande de résineux dans l’industrie du bois alors que l’Argonne produit majoritairement des feuillus. Le chêne fait exception à la règle puisqu’il demeure une essence de feuillus constamment demandée sur le marché. Au 31/12/2014, la filière bois
représentait 222 emplois salariés dans les entreprises ayant leur siège en Argonne. Les entreprises du périmètre d’étude relèvent surtout d’activités liées à la culture et à l’exploitation de la forêt. 87% des entreprises argonnaises de la filière bois œuvrent dans ces domaines. Cependant, ce sont en grande majorité des établissements individuels ou employant moins de 3 salariés. Les industries de première transformation (sciage) sont très peu représentées (6 établissements), et celles de seconde transformation sont au nombre de 18. Ces entreprises de transformation sont cependant souvent de petite taille, et les volumes valorisés sont faibles. Les volumes sciés en Argonne ont diminué de 50% entre 2005 et 2015 (Figure 37). La stabilité du nombre d’entreprises ayant une activité de sciage révèle une diversification de leurs activités. De plus, la présence sur le marché des matières premières d’entreprises concurrentes internationales créent des
distorsions de prix auxquelles les plus petites entreprises locales ne peuvent pas faire face. Pour enrayer ce phénomène, certaines communes réservent une partie de leurs ventes de bois aux
entreprises locales

Au cours des dix dernières années, le nombre d’entreprises de la filière bois argonnaise a sensiblement augmenté, mais cette augmentation est essentiellement due à l’évolution du nombre d’établissements dans les secteurs de la sylviculture et de l’exploitation forestière.

Rôles et usages de la forêt

Outre sa valeur économique, la forêt d’Argonne est un espace partagé remplissant diverses fonctions. Elle occupe une place importante dans l’écologie et contribue à la particularité et à la singularité de la biodiversité du territoire. Elle est aussi un lieu de mémoire où les traces des civilisations passées subsistent, protégées des effets du temps par le couvert forestier.

La Haute Chevauchée – Max Chaffaut

Dans le cadre du centenaire de la Grande Guerre, l’ONF a engagé un programme de mise en valeur des lieux emblématiques de l’intervention américaine sur les sites de Cornay, Exermont, Fléville, la forêt domaniale d’Ariethal et le cimetière américain de Romagne-sous-Montfaucon). La forêt est aussi un lieu de promenades, sur de nombreux chemins forestiers et parcours balisés, un support privilégié pour les activités liées à l’éducation et à la découverte de la nature, un lieu d’activités sportives (randonnée, trail, accrobranche), de chasse et de cueillette : les ressources des forêts argonnaises participent à l’économie locale : champignons, muguet, ail des ours…

 

Enfin, c’est aussi un lieu d’inspiration et un support d’expression pour de nombreux artistes et artisans d’art, qu’ils soient sculpteurs, traditionnels ou à la tronçonneuse, tourneurs ou qu’ils créent des meubles, des bijoux, de la marqueterie…

 

 

 


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