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La géologie

La richesse géologique de l’Argonne…Introduction

Architecture de gaize à Menou – Max Chaffaut

A cheval entre les plaines crayeuses de la Champagne, et les plateaux calcaires de l’est, l’Argonne présente une surélévation de gaize. Le triptyque géologique gaize, argiles de Gault et sables verts est caractéristique du territoire argonnais.

L’Argonne repose également sur deux couches aquifères: La gaize elle-même, qui est une roche capable de se gorger d’eau, et les karsts du protlandien dans lesquels l’eau circule après infiltration, avant de resurgir sous forme de sources. Ce sous sol particulier a joué un rôle important dans l’histoire de l’Argonne.

 

Les ressources géologiques disponibles ont permis aux hommes de développer des systèmes économiques basés sur l’artisanat (verrerie, poterie, métallurgie…) , ou sur l’extraction des ressources (nodules de phosphate, gaize…). Si les activités liées à l’exploitation de ce sous sol sont aujourd’hui fortement réduites, le territoire porte encore la marque bien ancrée de son patrimoine géologique. Ce sous-sol particulier influe sur la nature des milieux naturels (forêts, milieux humides…) et sur l’occupation du sol (zones agricoles et forestières). La gaize est encore présente dans certaines constructions valeur patrimoniale (fours des faïenceries, verreries…) et sur certains édifices encore utilisés (habitations, églises…).

Michel Poncelet nous parle de la Gaize… par Gilles Déroche

Les analyses chimiques y signalent de 68 à 80 % de silice totale et décèlent de l’argile. Le microscope électronique montre qu’elle fût constituée de grains de quartz ou silice cristallisée, de squelettes siliceux en forme d’aiguilles ayant appartenu à des éponges, de squelettes siliceux d’animaux et de plantes microscopiques comme les Radiolaires et les Diatomées. Ces éléments auxquels elle doit sa richesse en silice sont cimentés entre eux par une variété de silice hydratée : l’opale.

La couleur souvent verte de la roche est due à la présence de grains de glauconie, un silicate hydraté de fer, d’alumine, de potasse et de magnésie. Mais la quantité d’eau qu’elle contient influe sur sa teinte: la gaize peut être très claire lorsqu’elle est sèche et verdâtre lorsqu’elle est mouillée ; celle qui, après avoir subi une taille, a été utilisée dans de nombreuses constructions est presque toujours jaunâtre.

[…] La formation de la gaize n’a probablement pas été simple. Le géologue Cayeux pense que le sédiment initial fut argileux. L’origine de ce dépôt est à rechercher dans l’érosion de terrains émergés riches en silicates d’alumine, suivie d’une phase de transport des particules argileuses jusqu’au fond marin. […]. L’argile aurait subi ensuite des phénomènes complexes connus sous le nom de métamorphose, à savoir un remplacement partiel ou total de l’argile par de la silice.

(texte cité par Gilles Déroche.)

Bibliographie : PONCELET (Michel), «Construction argonnaise et géologie », Mémoire de la Société d’agriculture, commerce sciences et arts de la Marne, Tome CVIII, 1993

Son relief…

L’Argonne présente un relief tantôt vallonné, tantôt plus aplani, avec cependant des secteurs plus escarpés. Dans ce relief, le massif de gaize qui s’étend du nord au sud entre les vallées de l’Aisne, de la Bar et de l’Aire, se détache très nettement. Au sud de ce massif, l’Argonne pré-sente un faciès au relief moins varié, permettant la présence de nombreux étangs. Au nord-est, la crête de Sommauthe forme un petit relief séparant l’Argonne de la vallée de la Meuse.

Les particularités du territoire Argonnais…

Falaises de gaize à Condé-les-Autry – J.L Le Hingrat

L’Argonne, au sens strict, coïncide largement avec les affleurements de Gaize, grès fin verdâtre contenant souvent plus de 90% de silice et qui résulte de la consolidation de sédiments déposés dans une mer peu profonde à la fin du Crétacé inférieur (Albien : 112 – 99,6 Millions d’années).

La Gaize, relativement résistante à l’érosion forme l’ossature de la côte d’Argonne, l’une des 9 grandes côtes orientées sud-nord de l’est du Bassin parisien, qui atteint une quarantaine de kilomètres de longueur du nord au sud, tandis que la largeur du plateau de Gaize ne dépasse guère 10 km d’est en ouest.

L’Argonne au sens large, définie par la toponymie, s’étend aussi dans la dépression des Sables verts inférieurs et des Argiles de Gault qui la bordent à l’est et au sud, voire sur les calcaires jurassiques situés à l’ouest de la Meuse. Gaize, Argiles de Gault et Sables verts forment un triptyque géologique caractéristique de l’Argonne.

Malgré la faible superficie du massif et la modestie des altitudes au sommet de la côte d’Argonne (258 à 303 m), les reliefs y sont marqués. Les dénivellations y dépassent parfois 80 m comme à
Passavant-en-Argonne, ou l’altitude passe de 146 m à 250 m, et à Grandpré ou elle varie entre 107 et 253 m. C’est ainsi que le parcours emprunté par les coureurs lors de la traversée de l’Argonne au mois de Mai 2017, a totalisé un dénivelé positif de 1 811m et un dénivelé négatif de 1 796m entre Laheycourt au sud du périmètre, et Le Chesne au nord.

Ces reliefs ont été créés par les mouvements géologiques intervenus au paléogène (entre -65 et -25 Ma). Les reliefs de Gaize se caractérisent par des pentes fortes que ce soit sur la côte d’Argonne, sur les buttes-témoins qui précèdent la côte à l’est jusqu’à Montfaucon-d’Argonne (340 m) ou dans les ravins – ou gorgeons – qui entaillent le plateau. Le relief actuel est le résultat du creusement des vallées, l’Aisne et l’Aire, situées respectivement à l’ouest et à l’est du massif, ainsi que des réorganisations de drainage. Le retrait de la mer en direction du nord/nord-ouest à la fin du crétacé, a donné aux principaux cours d’eau d’Argonne une direction sud-nord (Aisne, Aire, Bar, Biesme…).

Architecture ménéhildienne -VVV

Les mouvements géologiques de soulèvement intervenus au quaternaire (vers -2 Ma) ont entrainé la réorientation des cours d’eau et des phénomènes de capture ont privé l’Aisne de l’Ornain et de la Saulx, capturées par la Marne. Ils ont aussi tronqué l’Aire-Bar, ancien affluent de la Meuse, en détournant l’Aire vers l’Aisne. La carte géologique simplifiée montre la corrélation entre la géologie caractéristique de l’Argonne et le périmètre d’étude retenu.

Les parties de ce périmètre reposant sur les calcaires, sont associées à l’Argonne du fait de leur sentiment d’appartenance identitaire mesurable au travers des toponymes (Beaumont-en-Argonne ; Beaufort-en-Argonne, Dombasle-en-Argonne…), ou en raison de la cohérence territoriale en termes de paysages, de patrimoines, ou de problématiques socio-économiques. La gaize présente également quelques propriétés originales. De couleur souvent verdâtre due à la présence de grains de glauconie, elle change de teinte en fonction de son niveau d’hydratation, passant du clair au foncé à mesure qu’elle s’hydrate.

De nature gélive, la gaize possède également des propriétés réfractaires. Elle fut utilisée pour la fabrication des fours industriels verriers, faïenciers et potiers (époque gallo-romaine et 18ème/19ème siècles). Elle est également employée dans la construction de certaines habitations argonnaises bien que son utilité dans le domaine soit qualifiée de « relative » du fait de la sensibilité du matériau aux intempéries et au gel, nécessitant de fréquents travaux de rénovation et d’entretien.

Un territoire d’exception…

Saint-Rouin restes de l’ancienne abbaye

Au-delà de la gaize, les argiles et sables verts ont aussi été largement utilisés par les argonnais pour la verrerie, la fabrication de poteries puis de faïences, la fabrication de briques utilisées tantôt seules, tantôt en complément de la gaize dans les constructions, créant ainsi des alternances aux motifs géométriques caractéristiques du bâti argonnais. Le schéma suivant présente une synthèse de l’utilisation des ressources géologiques par les argonnais au fil des siècles.

 

 

 

 


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