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L’agriculture

La surface agricole utile (SAU) dans le périmètre argonnais est de 110 384 hectares soit 10% de la SAU totale des trois départements Ardennes, Marne, Meuse (voir atlas cartographique p. 59).
La SAU totale argonnaise a diminué de 3 à 4% depuis 1988. Au niveau des départements de Ardennes et de la Marne, la SAU est aussi en baisse depuis 1988. Ce phénomène est plus accentué dans les Ardennes (-5%). A l’inverse, le département de la Meuse a vu sa SAU augmenter de 0,8% sur cette même période.

63% des exploitations en Argonne valorisent l’herbe avec une orientation technico-économique mixte (polyculture – élevage) ou simple (élevage). Le maintien de ces orientations agricoles participe à la préservation des paysages, et au sentiment de « qualité de vie » sur le territoire.

Evolution des prairies et élevage

Cette donnée est importante compte-tenu des caractéristiques dominantes de certaines entités paysagères argonnaises. Depuis 1988, la surface totale des prairies permanentes a diminué de près de 20% en Argonne. Elle représente, en 2010, 52 860 ha (voir atlas cartographique p. 60). Cette diminution est comparable à celle observée dans la Région Grand Est ou dans les départements des Ardennes et de la Meuse. Dans la Marne, depuis 1988 la diminution des surfaces toujours en herbe (STH) atteint près de 50%. L’Argonne reste cependant bien au-dessus des moyennes départementales puisque les surfaces toujours en herbe y occupent 47% de la SAU contre 38%, 27% et 3% respectivement pour les Ardennes, la Meuse et la Marne (Figure 40). La diminution des STH se fait au profit l’augmentation des surfaces des terres arables qui a progressé de 14% entre 1988 et 2010. Le solde entre la surface de STH perdue et la surface de terres arables gagnées correspond à la diminution de la SAU.

Activités céréalières par Max Chaffaut

Cette diminution des STH s’accompagne sans surprise d’une diminution de l’activité d’élevage. Pour l’Argonne, le nombre d’unités de grands bovins à l’hectare (UGB) a diminué de 5% entre 1988 et 2010. Cette baisse est plus faible qu’au niveau des trois départements où cette baisse est en moyenne de 8%.

Cependant, et ce n’est pas contradictoire, avec la disparition des exploitations et l’intensification des pratiques, le nombre moyen d’animaux par exploitation a augmenté d’environ 80% en Argonne, mais également dans les Ardennes et la Meuse.

La Marne se détache du lot avec seulement 4% d’augmentation et un nombre d’exploitations ayant plus faiblement évolué. En 2010, le nombre moyen d’UGB par exploitation est plus élevé en Argonne que dans les départements voisins avec 110 UGB/exploitation.

 

En 2010, les 158 communes du périmètre de l’Argonne regroupent 965 exploitations (voir atlas cartographique p. 57) agricoles soit près de 50% de moins par rapport à 1988. Cette tendance concorde avec les évolutions observées aux niveaux départemental et régional pour la Région Grand Est où les exploitations sont en moyenne un peu plus grandes que les exploitations ardennaises et meusiennes avec une superficie moyenne de 116,8 ha, à mettre en regard avec, respectivement, 110,6 ha et 100,8 ha. Les exploitations marnaises (hors exploitations viticoles) sont en moyenne un peu plus grandes avec 130,5 ha.

Les exploitants agricoles, une part importante des actifs argonnais

En 2010, la population active familiale regroupe 1 818 personnes dont 1 318 chefs d’exploitation qui représentent 1 080 Unités de Travail Agricole (UTA). Il faut ajouter à cela 225 salariés permanents non familiaux représentant 16 UTA et 70 UTA pour les salariés saisonniers. En 2012, l’emploi agricole représente près de 14% des actifs en Argonne, ce qui est largement supérieur à la moyenne régionale : 3,9% en Région Grand-Est. Un peu plus de la moitié des exploitants ont plus de 50 ans, ceux ayant entre 50 et 60 ans étant majoritaires. Les moins de 30 ans ne représentent quant à eux que 3% des exploitants argonnais.

Ce phénomène illustre la difficulté des exploitants à transmettre leur exploitation, souvent faute de repreneurs mais aussi à cause de la taille de ces exploitations qui nécessitent un capital très important pour être reprises.

Occupation du sol

La typologie agricole de l’Argonne se distingue fortement de celles de la Marne ou de la Meuse, mais elle est assez similaire à celle des Ardennes. Les surfaces agricoles toujours en herbe (STH) des
exploitations, c’est-à-dire en herbe depuis plus de 5 ans, et les cultures céréalières y occupent près des 9/10ème des surfaces agricoles (87%), différenciant nettement l’Argonne de l’ensemble des trois départements.

Près de Valmy – Activités céréalières marnaises – VVV

Les productions agricoles sont variées. Les céréales et oléagineux arrivent en tête en termes de volumes. Les produits issus de l’élevage sont le lait, qui est valorisé dans 34 communes sous l’appellation AOC Brie de Meaux, et la viande bovine, ovine ou porcine. Certains exploitants pratiquent la vente directe en caissettes mais ce circuit reste difficile à mettre en œuvre du fait de l’éloignement des abattoirs.

L’élevage de volailles peut être valorisé sous l’appellation IGP Volailles de Champagne puisque toute l’Argonne est incluse dans le périmètre de cette dénomination.

 

La partie ardennaise du périmètre se trouve dans la zone IGP Jambon sec et noix de jambon sec des Ardennes, et la partie meusienne est incluse dans le périmètre des IGP Bergamotes de Nancy et Mirabelle de Lorraine mais ces productions sont peu répandues, voire absentes, en Argonne.

D’autres productions agricoles sont plus confidentielles sur le territoire : les fruits (surtout pommes et fruits rouges), les productions maraîchères ou de produit laitiers (fromages ou yaourts). L’apiculture est également très représentée en Argonne.

Systèmes d’exploitation – Les exploitations conventionnelles

Les exploitations agricoles sont structurées selon deux modèles dominants : le système « Grandes cultures », qui représente le quart des effectifs (un peu moins que les 31% de la moyenne
départementale) et celui de « polyculture et poly élevage » avec 23% des exploitations.

Vaches près de Triaucourt

Les exploitations d’élevage spécialisé (lait ou viande) sont plus représentées en Argonne qu’en moyenne sur les départements de la Meuse ou de la Marne ainsi que le montrent les données relatives aux orientations technico-économiques des exploitations (OTEX) de la base Agreste, harmonisées
au niveau européen. En 2010, les exploitations classées en OTEX d’élevages herbivores regroupaient 71% des exploitations du territoire argonnais (voir atlas cartographique p. 58).

 

 

Poulailler argonnais

Depuis 1988, le nombre d’exploitations laitières a chuté de 57% et les effectifs de vaches laitières de 32%. Dans le même temps, le nombre d’exploitations détentrices de vaches nourrices a diminué de 37% alors que les effectifs de vaches nourrices ont augmenté de 42% (+ 6 044 vaches). Le phénomène de concentration des exploitations est sensible. Par ailleurs, la diversification des élevages est réelle mais sans pratiques très intensives bien que l’Argonne compte quelques grosses exploitations porcines ou volaillères.

 

La pisciculture

Certains étangs ont gardé leur orientation de pisciculture.

La vanne est ouverte pour amorcer la vidange de l’étang. Une grille est placée en travers du moine pour empêcher les évasions. Le poisson est alors piégé dans la partie basse de l’étang nommé « poêle ». Il suffit alors de resserrer le filet, et de récupérer le poisson à l’aide d’épuisettes. Le poisson ainsi prélevé est trié puis vendu. Sur la RNR des étangs de Belval-en-Argonne, cette pêche pratiquée régulièrement est l’occasion de perpétuer un élément du patrimoine Argonnais et de faire découvrir au public cette activité ancestrale encore bien présente sur le territoire.
La plupart des étangs d’Argonne sont ainsi régulièrement pêchés. La pisciculture qui était plutôt considérée comme un complément de revenu, est devenue depuis une dizaine d’années une véritable activité économique. Si un étang ancien ne permet qu’une production atteignant les 150kg/ha en moyenne, les étangs neufs, mieux conçus et adaptés à la modernisation des techniques, permettent de pêcher jusqu’à 300kg/ha. La productivité dépend aussi, et surtout, du mode de gestion. L’activité économique liée à la pisciculture entraine peu de charges de fonctionnement, et permet aux pisciculteurs de dégager un revenu intéressant malgré la stabilité des prix du poisson. L’élevage concerne surtout des poissons blancs (perches, sandres, brochets, gardons…). Les
débouchés de la filière sont les sociétés de pêche pour le rempoissonnement, quelques restaurateurs ou des filières d’exportation vers les pays de l’est de l’Europe. Les principaux facteurs limitants qui pèsent sur ce secteur économique sont la prédation par des espèces sauvages (oiseaux) ou la présence d’espèces indésirables en pisciculture (carassins, brèmes, perches soleil…) qui peuvent créer des déséquilibres au sein des populations d’élevage. Le changement climatique entraine également un réchauffement des eaux, qui crée un déséquilibre du milieu et peut favoriser l’apparition de plantes envahissantes comme les élodées. Les maladies sont assez rares si les conditions de chargement sont respectées.
Sur tous les étangs, la technique de pêche reste peu mécanisable. Elle se pratique donc de manière traditionnelle, et est une occasion de réunir familles et amis pour un moment convivial.

Evolutions et soutien au monde agricole

Comme au niveau national, l’agriculture subit de grandes difficultés en Argonne. Du fait de sa situation particulière, l’Argonne doit aujourd’hui trouver des solutions innovantes pour maintenir son agriculture. Les schémas qui ont fait leurs preuves ailleurs ne peuvent être calqués sur ce territoire singulier. Les réponses visant à soutenir économiquement les exploitations en s’appuyant sur la consommation locale (alimentation locale des cantines et restaurants d’entreprises, vente directe…) trouvent rapidement leurs limites en Argonne du fait du faible rapport entre le nombre de consommateurs, et les quantités produites par les exploitations locales. La spécificité de l’agriculture Argonnaise repose sur une part dominante de systèmes agricoles valorisant l’herbe (65% des exploitations). L’Argonne présente encore d’importantes surfaces en prairie mais ces espaces ont tendance à souffrir des difficultés économiques subies par le m comme sur l’Argonne Champenoise onde agricole. Des initiatives locales fleurissent ici et là sur le territoire.

Les exploitations pratiquant la vente directe, surtout maraîchère, se multiplient. Certaines Communautés de Communes, comme l’Argonne Champenoise ont mis en place des plans d’approvisionnement locaux pour les cantines scolaires ou y réfléchissent. Le projet d’une “Charte Viande d’Argonne”, initialement imaginé puis mis de côté par la Chambre d’Agriculture de la Meuse, a été repris par un groupe d’éleveurs Marnais avec comme ambition de proposer de nouveaux circuits et débouchés spécifiques aux éleveurs tout en leur garantissant une meilleure rentabilité.

Moissons en Argonne marnaise – Max Chaffaut

Des actions expérimentales sur les techniques culturales, l’agriculture de conservation ou les relations Agriculture-Forêt sont également menées par le CIVAM de l’Oasis, le GEDA de la Marne ou de manière indépendante par certains agriculteurs. Ces nouvelles pratiques pourraient à terme contribuer à l’identité de l’agriculture et des produits agricoles argonnais. Les problématiques agricoles très similaires à l’échelle du territoire Argonnais font alors apparaître la coopération territoriale comme une nécessité pour donner l’envergure nécessaire à la réussite de tous ces projets.

 

 

 

 


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