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Les paysages

Les milieux humides…

Il existe deux types d’habitats d’eau douce présents en Argonne : les eaux stagnantes et les eaux courantes. Cette première catégorie regroupe les mares et étangs, la seconde les ruisseaux et rivières. Les très nombreuses mares présentes en Argonne sont d’origine naturelle, par mutation d’un ruisseau au fil du temps, ou artificielle. Auparavant, les mares servaient notamment de réservoir d’eau potable et de lieux d’abreuvage pour les animaux, ou de réserve pour l’arrosage les jardins et les cultures.

C’étaient aussi des lieux où l’on venait laver le linge (BENSETTITI F., GAUDILLAT V., et HAURY J. 2002).

Vue sur le lac de Bairon – M.Chaffaut

Aujourd’hui, les acteurs de l’environnement constatent un manque de connaissance de ces mares. Bien que quelques structures aient amorcé des travaux sur ce sujet (CPIE 55, SMAVAS…) celles-ci manquent de moyens humains et financiers pour établir de réelles connaissances de ces points d’eau.

Il existe donc un enjeu important sur l’inventaire de ces milieux et leur qualification, dans l’optique de développer des actions de mise en valeur et de protection à l’échelle du périmètre Argonnais.

 

 

Les étangs argonnais sont principalement artificiels, ils font leur apparition à partir du Moyen-Âge, lorsque les moines vinrent établir des abbayes en Argonne et multiplièrent les étangs à des fins de pisciculture. La majorité des étangs argonnais, tout comme ceux de Lorraine, datent donc du XVIe et XVIIe siècles (CEN Lorraine 2016). On peut citer par exemple les étangs de Belval-en-Argonne, celui du Grand Morinval, ou encore l’étang de Bairon (aussi appelé Lac de Bairon et qui est classé Natura 2000).

 

L’Argonne des étangs, refuge incontournable pour des centaines d’espèces protégées…

Ces étangs, souvent entourées de forêts présentent une grande diversité écologique et accueillent une vie sauvage abondante. Elles constituent une étape incontournable pour la migration et l’hivernage de dizaines de milliers d’oiseaux d’eau. On y trouve notamment la cigogne noire (Ciconia nigra) lors de ses stationnements postnuptiaux. C’est également l’un des derniers sites de reproduction en Champagne humide du héron pourpré (Ardea purpurea) et du butor étoilé (Botaurus stellaris), l’une des rares zones d’hivernage de l’oie des moissons et l’unique lieu où hiverne régulièrement le pygargue à queue blanche (Haliaeetus albicilla). Sept espèces de rapaces bénéficient de la complémentarité des deux milieux : étangs et forêts pour nicher, s’y reproduire et s’alimenter. La flore y est également remarquable. Plusieurs espèces très rares y sont présentes : pulicaires vulgaires (Pulicaria vulgaris), renoncules grandes douves (Ranunculus lingua), utriculaires (Utricularius sp.)… Certaines plantes sont même d’une grande richesse ethnobotanique du fait de leur rôle dans l’alimentation, l’artisanat, la médecine ou encore dans les légendes locales. C’est pour ces raisons, que le tiers sud du périmètre d’étude a été classé en 1991 en zone Ramsar. Ce label international permet de contribuer à la préservation et la valorisation des zones humides 36 d’importance mondiale. Le site Ramsar des « Etangs de la Champagne Humide » couvre ainsi 256 000 ha répartis entre les départements de la Marne, de l’Aube et de la Haute-Marne (l’un des plus grands des 43 sites Ramsar en France) et est piloté par le PNR de la Forêt d’Orient.

Les cours d’eau…

L’Argonne est un territoire riche en cours d’eau. Les rivières sont définies par plusieurs critères dont le débit, la profondeur, la température de l’eau et la proximité avec les rives ou berges. Les berges forment des écosystèmes de transition sensibles, entre terre et eau, qui sont facilement influençables.

Les coteaux de Beaulieu -R.Boulanger

L’Aisne forme la plus grande rivière d’Argonne avec pour affluent majeur l’Aire. La Bar et la Biesme. L’Aire et l’Aisne sont des rivières avec de multiples méandres qui ont pu former, sur des milliers d’années, de très nombreux bras morts.

Le sol fait de gravier permet une filtration biologique et naturelle de l’eau, de même pour la végétation présente dans l’eau et sur les rives qui permet également de retenir les matières organiques, amorçant ainsi le principe de sédimentation.

 

Leurs lits majeurs, et surtout celui de l’Aisne, se situent dans des plaines facilement inondables de novembre à avril, ce qui leur permet de conserver d’importantes surfaces en prairie de fauche, habitat d’une grande biodiversité et fort menacé en France. Les mares, étangs et rivières sont des espaces sensibles à tout changement, tant au niveau de la végétation, de la luminosité, de la température que de l’activité présente à leurs abords.

Ce sont des endroits favorables à la pisciculture, pratique à la fois économique et de loisirs qui peut cependant représenter une menace si elle est trop intensive. En effet, elle peut causer des dommages sur les parties externes des milieux, notamment les berges et les rives, en fragilisant le sol et en modifiant l’habitat de certaines espèces floristiques sur ces zones de transition entre terre et eau. De plus, la pisciculture intensive peut dérégler l’équilibre des espèces faunistiques présentes dans ces milieux aquatiques (Lionel DUBRIEF 2002). Les permis de pêche et des restrictions quant à la quantité de poissons pêchés permettent d’amoindrir ce risque.

La conjecture économique actuelle ainsi que la politique agricole présentent une menace importante pour ces habitats. La banalisation de la faune et la flore encourage l’installation de l’agriculture
intensive, pratique qui permet un meilleur rendement économique, notamment la maïsiculture dans les vallées. Cela entraîne l’érosion des sols, une fatigue des sols qui s’appauvrissent, mais également une contamination chimique de ceux-ci ainsi que de l’eau à cause des produits utilisés. Afin de pouvoir contrôler ce risque il faut prendre en compte les enjeux économiques qui reposent derrière ces pratiques afin de trouver un équilibre entre conservation des lieux et activité économique des exploitants agricoles (BENSETTITI F., GAUDILLAT V., et HAURY J. 2002). La gestion de ces sites est également primordiale via un entretien régulier de la ceinture de roseaux présente sur les mares, étangs et parfois rivières afin d’éviter un empiètement, mais également un contrôle régulier de l’envasement pour maintenir l’espace de diversité biologique.

L’étang des Bercettes – M.Chaffaut

Les mares, étangs et rivières forment des espaces complexes entre milieux terrestre et marins où une grande variété d’espèces faunistiques et floristiques vivent, souvent remarquables ou menacées. Ce sont des zones en constante évolution où se créent des micro-habitats en relation avec chaque élément caractéristiques (flore, eau, sol…etc.) (CEN Lorraine 2016).
En Argonne, les habitats d’eau douce accueillent plus de 350 espèces d’oiseaux dont au moins 159 espèces remarquables (intérêt communautaire, espèces déterminantes ZNIEFF…).

 

Ce sont également des lieux d’accueil d’amphibiens comme la Rainette verte. Côté flore, une grande variété selon les types d’habitats, on dénombre, par exemple : Nénuphars (Nymphea sp.), Renouée amphibie (Polygonum amphibium), Aloès d’eau (Stratiotes aloides), Germandrée des marais (Teucrium scordium)…

 

Les tourbières alcalines…

Les tourbières alcalines sont des zones humides colonisées par des laiches et des mousses dont le processus de décomposition n’est pas complet en raison de la richesse en eau du sol et du manque
d’oxygène. Le sol des tourbières alcalines est pauvre en nutriment et a un pH situé autour de 8 (Pôle relais tourbières 2016).
En Argonne la plus grande tourbière, de plus de 100ha, se trouve entre Germont et Buzancy (Vallée de la Bar), dans les Ardennes. Classées Natura 2000 elle pourrait être valorisées pour l’accueil et l’information du public. Il existe deux types de tourbières, celles de basse plaine et celle de bas-marais.

• Tourbières alcalines de plaine :

Ces tourbières, situées dans des plaines et vallées, sont souvent présentes à cause du remblaiement des cours d’eau antérieurs, laissant un sol humide et meuble dans lequel la décomposition n’est pas complète. Les tourbières Argonnaise situées dans la Vallée de la Bar sont essentiellement de ce type. Il est possible que leur formation résulte en partie de la capture de l’Aire par l’Aisne il y a environ 1 million d’années. Les alluvions possèdent une partie tourbeuse, argileuse ou de gaize qui forme la composition du sol.

• Tourbières alcalines de bas-marais :

Les tourbières de bas-marais alcalin se caractérisent par un sol en pente, étant fréquemment ou constamment en contact avec de l’eau dite neutro-alcaline. La tourbe s’y forme en milieu infra-aquatique en étroite relation avec des espèces floristiques et faunistiques rares et variées. Ces espèces florales sont souvent très colorées, comme les orchidées. Les espèces endémiques de ces milieux sont la Marisque, le Choin noirâtre et la Laîche. Les tourbières sont des zones naturelles remarquables par leurs diversités faunistiques et floristiques.
Il s’agit d’habitats dont les facteurs naturels sont particulièrement marqués, influant fortement sur la spécificité des espèces qui s’y trouvent. Ce sont, par conséquent, des milieux fragiles car tout dérèglement peut causer une rupture dans l’équilibre de cet écosystème. Elles ont été exploitées au fil des années pour des activités économiques comme l’extraction de la tourbe, la production de fourrage, la cueillette de plantes et de fruits sauvages… Ces exploitations non réglementées et marginales ont progressivement été abandonnées grâce au progrès de l’industrie et de l’agriculture, non sans avoir endommagé les lieux. De même, par souci de rentabilité économique, l’agriculture a autrefois déséquilibré l’écosystème des tourbières à force de drainage visant à rendre la terre cultivable. Les conséquences sont aujourd’hui irréversibles mais il s’agit maintenant de menaces mineures, bien qu’encore présente, grâce à l’amélioration des pratiques agricoles (Pôle relais tourbières 2016). Pour œuvrer en faveur de la conservation et la protection de ces espaces naturels sensibles et remarquables plusieurs actions sont possibles. En premier lieu, la législation peut y interdire tout élément extérieur pouvant dérégler et bouleverser l’écosystème. Il est également possible de restaurer les bas-marais en entretenant les espèces naturellement présentes dans ces zones fragiles et en éliminant les espèces invasives, tel le roseau. L’entretien des tourbières peut se faire à l’aide de pâturage ou fauchage raisonnés, en sensibilisant les agriculteurs à l’environnement exceptionnel que forment les tourbières alcalines. Enfin, la sauvegarde des sites argonnais peut également se faire par le développement d’activités d’éducation à l’environnement, ou de tourisme raisonné et durable permettant une prise de conscience de la fragilité de ces milieux. Ces deux activités permettraient la préservation et valorisation de ces sites sensibles et exceptionnels.

L’Argonne c’est aussi un paysage bocager…

Cheval au pré en Argonne marnaise

Du Nord au Sud et d’Est en Ouest l’Argonne offre plusieurs visages, et chacun d’entre eux a son propre équilibre. En quittant la forêt, le paysage se transforme en une étendue de parcelles herbagères encore maintenues par des haies et bandes boisées, c’est un paysage clairement bocager. Tous ces petits éléments paysagers constituent pour l’Argonne son vrai visage rural,  ils sont à entretenir et à conserver, d’une part pour les richesses biologiques qu’ils détiennent et apportent au monde agricole, et d’autre part pour ce décor si propre à la région, cette « Argonne agraire d’antan »… un panorama intact lié à son histoire et à son patrimoine culturel.

 

Les haies, les bandes boisés et les abords de chemins…

Si depuis l’origine même de l’élevage les ancêtres ont cru bon de séparer leurs pâtures par des haies, (constituées de rangées de diverses essences d’arbres sauvages locales) c’est, d’une part pour parquer les troupeaux, marquer une délimitation nette pour leurs propriétaires et, enfin, pour enrichir les sols en y abritant des espèces utiles. De plus les outils agricoles d’avant le XXe siècle n’étaient pas encore assez efficaces pour l’ouverture des champs ou « openfield », il faudra attendre la mécanisation des années 50 pour voir apparaître les premières grandes cultures céréalières L’Argonne est aussi marquée par de nombreuses bandes boisées, il est dit aujourd’hui que ces plantations en ligne le long des parcelles empêcheraient l’érosion des sols. C’est aussi un système de drainage très ingénieux qui a toujours été pratiqué en Argonne ! Ces bandes boisées sont d’une importance capitale pour la reproduction de nombreuses espèces d’arbustes sauvages emblématiques de l’Argonne, comme les prunelliers et les aubépines pour les essences ligneuses, et des rosacées comme la bryone, la viorne obier, le néflier, le nerprun purgatif ou encore le coudrier… Dans les sols plus calcaires, en approchant de la champagne crayeuse, il subsiste quelques cornouillers sanguins, des fusains d’Europe des alouchiers, des viornes manciennes et des bois-de-Sainte-Lucie. Vue leur durée de vie, ces bandes apportent avec le temps une diversité botanique incroyable !

En observant d’un peu plus près la carte de l’Argonne, un vaste de réseau de chemins et sentiers à travers la plaine apparaît. Ce dédale de voiries, très anciennes pour certaines, remontent au bas empire, Ier siècle de notre ère, et sont à la fois la richesse d’un décor rural appréciable pour l’œil, mais aussi très utile à la prolifération d’espèces animales et végétales.

En effet, ces bordures d’arbustes sauvages  sont recouvertes de fleurs qui viennent disperser leurs semences sur les parcelles herbagères et les cultures céréalières dont elles sont exclues. Ces accotements hébergent tout un cortège d’insectes  : aptérygotes, ptérygotes,  coléoptères rares,  papillons et  arachnides. Ces bordures sont souvent exploitées aujourd’hui, au moment du fauchage, par les acteurs du monde agricole pour combler les pénuries de foins et regains .

Paysages d’Argonne Marnaise – R.Boulanger

Un dédale de chemins, notamment au cœur du massif forestier est observable sur la carte. Ces routes appelées   “chemins blancs” de par la couleur de leur empierrement, facilitent l’accès aux ressources. Le plus souvent, ces voies font une trouée, une ouverture, rectiligne ou courbée qui se termine souvent par un espace plus large dans le lequel les camions de transport et engins agricoles peuvent faire demi-tour.

A l’abord des villages et hameaux en Argonne il demeure encore des rangées d’arbres fruitiers, généralement rattachés à la commune, pommiers, poiriers, pruniers…

 

Ce sont souvent d’anciennes variétés qu’il est difficile de retrouver aujourd’hui : en effet, ces arbres sont désormais presque centenaires. Certaines de ces lignes sont considérées comme vestiges de la Grande Guerre : elles sont nées dans de tristes circonstances sur le chemin emprunté par les troupes alliées qui y jetaient les trognons de leurs fruits pendant leur montée au front.

 

 


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